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Moscou - été 2019
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Un petit CR de la partie "urbex" de mon voyage à Moscou cet été. Trois parties dont une surterraine, et deux souterraines.


TOITUROPHILIE


Après m'être mis en contact avec une moscovite croisée par hasard à l'entrée de la PC l'année dernière, et qu'on a alors gentiment guidé, le rendez-vous est donné devant une des principales gares de Moscou. Quelques personnes arrivent, on part, "les autres sont déjà en haut". Il faut maintenant s'imaginer les immeubles soviétiques, paralléllipédiques, dépassant les 15 ou 20 étages, et un en particulier, avec une très jolie tourelle sur le toit. Entrée par derrière, on monte jusqu'au dernier étage, et de là un escalier nous mène directement à la toiture, ou plutôt sous la toiture, à laquelle on accède par une petite trappe. Une dizaine de personnes déjà présentes sur ce haut lieu de la stégophilie moscovite. Il faut avouer que la vue est magnifique, d'une part sur "Moskva-City" (Москва-Сити), le quartier d'affaire, et d'autre part sur deux des sept "Gratte-ciel staliniens" (Сталинские высотки), ces bâtiments si facilement reconnaissables dans la skyline de Moscou. Après une petite demi-heure passée en haut et quelques photos prises tant bien que mal avec mon téléphone, on redescend, direction - les souterrains.


DIGGERS


La scène de l'occupation alternative des espaces à Moscou se divise en deux grandes familles : les roofers (руферы), ceux d'en haut, et les diggers (дигеры), ceux d'en bas. Chacune a son histoire, ses fondateurs, ses spots privilégiés. Un de ces endroits pour les diggers est le "Metrostroï" (Метрострой), ou chantier de métro. Le métro moscovite est en prolongation, et les chantiers peu surveillés, d'où l'intérêt de les visiter.
On se retrouve à une station aux confins de la Troisième Rome, là où la majesté de la ville cède la place aux quartiers d'habitation bien moins acueillants. Un peu de marche, et nous voilà devant le portail d'une barrière de dépôt, qui n'a pas l'air surveillé pour un sou. "Une fois à l'intérieur, marchez sur les traverses des rails, les gardiens ne sont jamais loin". On rentre, et on se retrouve dans un tunnel tout juste de la taille nécessaire pour faire passer le métro, en pente très douce, qui s'enfonce jusqu'à 50 mètres sous terre. L'enceinte est vite allumée, et on descend à un rythme soutenu, avec quelques pau·o·ses photo. On croise des ouvriers en pleins travaux, qui nous saluent gentiment. Porte blindée, échafaudages, galeries techniques, la visite est magnifique. Au bout, les gardiens nous interpellent, et comptent nous faire remonter par une cage de monte-charge qui semble être du siècle dernier. Ca nous arrange, c'est mieux que 2km en pente. En attendant que le responsable en haut se réveille, la discussion s'engage, on explique pourquoi on est là, la passion, la beauté des souterrains, le gardien a du mal à être convaincu. Il nous parle de son travail, des chantiers, ils ont même eu des stagiaires de Corée du Nord apparemment.
Le monte-charge tarde, on rebrousse chemin. 30 minutes plus tard, il est 4 heures, on est à l'air libre.


SPELESTOLOGIE


En Russie, on appelle spélestologie (спелестология) la science et la pratique d'exploration des cavités artificielles telles les carrières. C'est donc à la spélestologie que je m'adonne le lendemain de cette journée chargée.

Direction les rives de la rivière Pakhra (Пахра), à une vingtaine de kilomètres de Moscou, pour visiter les carrières de S'yany (Сьяны). C'est le réseau (ici, on dit "sistema" (система) - le système) le plus connu de la communauté "cataphile" de Moscou (qu'il faut distinguer des diggers, qui eux visitent des souterrains aménagés et bien plus récents), le plus facile d'accès et avec le plus de "points d'intérêt". Une vingtaine de minutes de marche depuis l'arrêt de bus, et nous arrivons devant l'unique entrée avec mon guide, Yuri. L'entrée consiste en un abribus, amené là spécialement pour l'occasion, derrière lequel se cache un puits à échelle d'environ 4 mètres.

L'entrée principale de ces carrières a été injectée par les autorités soviétiques en 1978, devant la fréquentation devenue trop importante à leur yeux, elles ont ainsi été inaccessibles au public pendant près de 10 ans, avant qu'une équipe de passionnées ne creuse une nouvelle entrée, dans laquelle a ensuite été aménagé un puits. Les carrières sont surtout fréquentées pendant l'hiver comme la température d'environ 10°C est stable en-dessous, alors qu'au-dessus, les températures atteignent souvent -20°C.


Dès l'entrée, on trouve dans une petite salle "Le Journal" (Журнал), où chacun note la date et l'heure de son entrée, ainsi qu'un numéro à joindre en cas d'urgence, puis l'heure de sa sortie, à l'aide de pictogrammes appropriés : [Image: entree.png]et [Image: sortie.png])

L'exploitation date du XVIIe siècle, et est essentiellement en piliers tournés, bien que l'on croise parfois de charmants piliers à bras. Les carrières sont en bien pire état que nos carrières parisiennes, parsemées de fontis faute de consolidations. Il y a régulièrement des squats et des salles, avec différents artefacts ramenés de la surface : des noms d'arrêts de bus, des panneaux de voirie, une balançoire, le "gardien" des carrières, Aristarkh (Аристарх), qui comblé d'offrandes de cataphiles : apparemment, ça porte bonheur... Là, gravée dans la pierre, une figure de Marguerite, héroïne du roman de Boulgakov, ici, un graff occupant tout le mur rappelant la réouverture de S'yany en 1988. Même si des tags sont présents, ils sont bien moins nombreux qu'à Paris, et il y a peu de déchets. Les galeries sont larges, on se déplace facilement dans ce réseau qui fait près de 30 kilomètres. On passe près de "vodostok" (водосток), points d'eau, où l'eau de la surface goutte, filtrée par 15 mètres de marnes et de roches, et est récupérée dans des bassines, d'où les cataphiles locaux la boivent sans problèmes.

Mon guide a pensé à moi, et m'a présenté LA chatière du réseau. Ici, les chatières on les appelle "chkournik" (шкурник), de "chkoura" (шкура) qui veut dire peau, chair, ce qui est, je trouve, assez parlant. Celle-ci, on l'appelle "chtchouchka" (щучка), ce qui renvoie au brochet, poisson fin s'il en est. La chatière fait une dizaine de mètres, laisse tout juste passer le corps, et l'encercle bien de tous les côtés ; mes désirs claustrophiles ne peuvent être que comblés. Yuri m'attend déjà de l'autre côté : cette chatière étant totalement naturelle, il y a des galeries pour la contourner, et elle est foncièrement inutile, ce qui ne fait que rajouter à son charme (Gautier, quand tu nous tiens...).
Dans une salle, on éteint les lumières, et mon guide place une bougie dans un trou qui traverse la roche : ainsi, la lumière sort par les deux extrémités du trou, et on a l'impression que la pierre nous regarde. "Ce sont les yeux du réseau, ils voient tout, ils nous surveillent et ils nous protègent".

Un autre endroit intéressant : une galerie assez semblable à nos galeries parisiennes, creusée sur une bonne trentaine de mètres par des cataphiles pour relier S'yany à un réseau réputé inaccessible, au bout, une chatière qui se termine par une petite porte, fermée à clef. Le travail pour en arriver là n'en reste pas moins colossal, la galerie permettant facilement de se tenir debout, et d'avancer à son aise.
On ressort, après près de 2h30 passées en dessous, on n'avait malheureusement pas beaucoup plus de temps, mais ça nous a permis de voir presque tous les points d'intérêt du réseau, et de s'en imprégner.

C'est sans doute la visite qui m'a le plus fait plaisir, ça m'a permis de retrouver l'esprit des catas parisiennes, la culture étant assez proche, avec peut-être cette sensation d'entre soi plus accentuée ; ça correspond peut-être à la communauté cataphile parisienne des années 90 ou 2000...
Si des personnes sont intéressées par des infos plus précises (Raska ?), contact en MP, en attendant les russophones (ou les adeptes de Google Trad) peuvent consulter ce site assez complet sur les carrières sous Moscou : http://oouu.ru/travel/mos-obl/sjany/sjany-index.html

Photos à venir...
Vous n'allez pas faire des trous au-dessus, alors qu'il y a de si beaux trous en-dessous !

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