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Affaissement à  Paris: petits trous et grandes questions - Globe - Mar. 04 Mars 2003

Affaissement à  Paris: petits trous et grandes questions

Dans le XIIIe arrondissement, les parents d'élèves s'interrogent.

Par Didier ARNAUD lundi 03 mars 2003

«La plupart des villes sont construites sur cette couche géologique qu'on appelle le poubellien, constitutif de l'activité humaine.» Gilles Thomas, coauteur de «l'Atlas du Paris souterrain» près le grand boum, les petits trous. Des affaissements du sol ont fait grimper l'inquiétude dans le XIIIe arrondissement de Paris. Mercredi soir, il y en a eu deux. Le premier, rue Wurz, à  deux pas de la Butte aux cailles, de 2 mètres sur 2 et de 50 centimètres de profondeur. Le second, avenue d'Italie. Là , le trou a la taille de 1 mètre carré et 1 centimètre de hauteur. Mais il est situé à  quelques mètres seulement du groupe scolaire Auguste-Perret. Le 14 février, la cour s'y est effondrée dans la nuit sur près de 400 mètres carrés et une quinzaine de mètres de profondeur.

Interrogations. «Cela a traumatisé les parents du quartier», explique Corinne Tapiero, la présidente de la Peep (Parents d'élèves de l'enseignement public). Mercredi soir, elle a reçu une dizaine de coups de téléphone de parents inquiets venant aux nouvelles. Tout le monde s'interroge, émet des hypothèses, relie les incidents. Maud, 23 ans, vit dans un grand immeuble qui jouxte le groupe scolaire et parle de cette fameuse nuit du 14 février : «Les murs ont tremblé. Tout le monde est sorti. On a cru que c'étaient des bombes... Mercredi, quand je suis rentrée à  23 heures, je me suis dit "c'est la suite". Depuis deux mois, on entend les ouvriers travailler. Je ne suis pas bien rassurée, la nuit.»

A l'entrée du même immeu ble, Bernadette, 72 ans, a vu le même petit affaissement. Elle garde la tête froide. «Je ne suis pas du tout inquiète, dit-elle, il y a des soubassements importants. Il y a la réalité et les bruits qu'on propage. Ce soir-là , j'ai parlé à  une dame qui m'a expliqué sérieusement : "C'est le grand immeuble qui s'af faisse."»

A petits trous, grandes interprétations. Il faut dire qu'autour de la chaussée, il y avait foule. Le maire Bertrand Delanoà«, venu rassurer. Des policiers, et beaucoup de voisins venus se renseigner. Et puis, Denis Baupin, l'adjoint vert aux transports, a déclaré : «Des affaissements comme celui-ci, il y en a des centaines dans Paris. Il est sans doute dà» à  la fatigue de la chaussée.»

Des centaines. Selon un fonctionnaire de la voirie à  la Mairie de Paris, le chiffre est un peu excessif. Le technicien parle plutôt d'une dizaine de «fontis», phénomènes assez brutaux, et pas forcément prévisibles. Selon lui, ces affaissements de surface ne sont pas plus nombreux qu'avant. Et ils ont lieu plus fréquemment dans des arrondissements o๠se trouvent d'anciennes carrières, ou, comme la rue Wurz, au-dessus du lit de la Bièvre.

«La plupart des villes sont construites sur cette couche géologique qu'on appelle le poubellien, constitutif de l'activité humaine», complète Gilles Thomas, coauteur de l'Atlas du Paris souterrain. «Le sol d'origine est surchargé par des tas de matériaux qui finissent par se compacter.» Plusieurs éléments expliquent l'affaissement : les écoulements d'eau, et, en surface, le passage de camions. L'avenue d'Italie a vu de nombreux poids lourds circuler à  cause des chantiers.

Mercredi soir, des forages ont été aussitôt réalisés pour s'assurer qu'il n'y avait aucun danger. «C'est en fait pour vérifier si le problème est localisé à  la surface du sol ou plus profond, explique Gil les Thomas. Dès qu'il y a une fissure, il y a une recherche des causes et des remèdes à  appliquer», rappelle-t-il. Il souligne également que Paris a été construit à  partir des matériaux trouvés dans le sous-sol, et que des exploitations souterraines ont eu lieu entre le XIIIe et le XVIIIe siècle.

Rapport. Aujourd'hui, des galeries à  l'aplomb des rues, parcourues par l'inspection des carrières, permettent de suivre précisément l'état des bâtiments. Pour la cour de l'école, il faudra attendre les rapports des différents experts appelés pour déterminer l'origine de l'éboulement. L'un d'eux, désigné par le tribunal administratif, dispose d'un délai de quatre mois. Du temps pour échafauder encore bien des hypothèses.

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