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Bibliothèque virtuelle - lafouine - Ven. 18 Fév. 2005

Citation :Faut-il avoir peur de la bibliothèque de Google ?

Bertrand Dicale
[18 février 2005]

(Illustration : Dobritz) 

Les réactions ont tardé à  se dessiner, mais à  la suite de Jean-Noà«l Jeanneney, le président de la Bibliothèque nationale de France, la communauté culturelle et éditoriale commence à  s'inquiéter du gigantesque projet de Google : 15 millions de livres digitalisés sur Internet, ce qui rendrait accessible depuis n'importe quel ordinateur sur la Terre une des plus grandes bibliothèques du monde – mais massivement anglophone.

Est-ce parce qu'Internet est toujours un univers nouveau que les politiques ou les personnalités de la culture peinent à  appréhender ses audaces toujours plus vigoureuses, ou est-ce à  cause de l'énormité de l'annonce de Google, fin décembre, que le projet a été accueilli avec une relative indifférence médiatique en France ?

Concrètement, il s'agit de digitaliser et de diffuser sur Internet les collections de la bibliothèque de New York et de quatre universités, trois américaines (universités du Michigan et de Stanford pour la quasi-intégralité de leurs fonds, respectivement de sept et huit millions d'ouvrages, université de Harvard pour 40 000 ouvrages dans un premier temps) et une britannique (Oxford, seulement pour les ouvrages publiés avant 1901). Il ne s'agit pas seulement de «photographier» les pages et d'en diffuser une image, mais bien de les digitaliser, en utilisant des outils de reconnaissance de caractères qui rendront les textes «actifs». Autrement dit, l'outil de recherche Google permettra d'aller directement, en 2015, dans 4,5 milliards de pages imprimées lorsque l'utilisateur recherchera un mot ou un nom en particulier, de la même manière qu'avec des «pages» Internet.

Les ouvrages digitalisés seront diffusés in extenso s'ils sont dans le domaine public (pour cadrer avec les différentes réglementations en vigueur dans le monde, Google annonce un délai minimal de 70 ans après publication, et son intention de se plier aux réclamations d'éventuels ayants droit) et par extraits pour les livres les plus récents.

C'est d'ailleurs là  le centre du projet de Google, pour lequel la gigantesque bibliothèque virtuelle, qui comblerait les rêves de millions d'étudiants et de chercheurs, est peut-être surtout un produit d'appel pour Google Print. Lancé discrètement début octobre 2004, le site de préfiguration print.google.com propose aux éditeurs un nouveau service, qui permettra à  leurs livres d'apparaître dans les résultats du moteur de recherche non seulement par leur titre ou des citations apparaissant dans des pages référencées, comme c'est le cas actuellement, mais aussi par leur contenu. La méthode ? «Les éditeurs nous envoient des livres, nous les scannons et ajoutons leur contenu à  nos résultats de recherche – le tout gratuitement. Nous avons aussi annoncé des partenariats avec quelques bibliothèques célèbres, et ainsi vos résultats de recherches sur Google vous montreront aussi de plus en plus de livres provenant de leurs collections.»

Google Print offrira ainsi la meilleure visibilité aux livres, puisqu'ils seront proposés à  des utilisateurs d'Internet a priori intéressés par leur contenu. Il suffira ensuite de quelques clics de souris pour commander le livre via un lien commercial. Le calendrier est limpide : Google devait trouver une riposte au lancement d'A 9, le moteur de recherche d'Amazon (la plus grande librairie en ligne au monde) et à  la sortie de la nouvelle version de Yahoo !, survenus l'un et l'autre en septembre.

En ralliant de prestigieuses universités à  son projet, Google trouve des appuis et une légitimité d'autant plus incontestables qu'il va répondre à  un besoin réel, même si la bibliothèque universelle virtuelle était jusqu'à  présent un fantasme.

Le plus ironique est que, si les institutions publiques européennes, disposent d'outils comparables dans le fonctionnement sinon dans les dimensions (et notamment Gallica), il fait peu de doute que, tôt ou tard, le monde de l'édition francophone pourrait à  son tour rejoindre l'énorme base de données culturelle et commerciale de Google, par intérêt aussi bien compris que les éditeurs anglophones.